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Violence psychologique: la reconnaître

La violence psychologique : comment la reconnaître ?

Malheureusement, dans notre société, la violence psychologique est encore très peu reconnue et ses conséquences sont souvent sous-estimées.

Pourtant, en portant atteinte à notre intégrité psychique, notre confiance en nous, notre sécurité intérieure, elle s’en prend à ce qui fait de nous des êtres humains à part entière: notre capacité à vivre notre vie selon nos propres choix, nos aspirations, nos besoins fondamentaux. Elle détruit aussi la conscience de notre dignité humaine, et donc notre pleine capacité à la défendre. La violence psychologique est d’ailleurs très souvent présente dans toutes les autres formes de violence : violence physique et sexuelle, négligence, et c’est souvent l’aspect psychologique qui a les conséquences les plus graves à long terme.

Il est donc très important d’identifier la violence psychologique, et ce dans tous les contextes où elle peut se manifester (famille, couple, amitié, travail). Il est illusoire de vouloir donner une liste exhaustive de toutes les formes par lesquelles se manifeste la violence psychologique, tant les visages qu’elle peut prendre sont variés. Voici quelques éléments: dénigrement, moqueries, injures, insultes intimidations, critiques injustifiées, chantage affectif, surprotection, culpabilisation, sous-entendus, contrôle des fréquentations, humiliation, piques désagréables, attitude intrusive, contrôlante, manque de reconnaissance pour un travail ou un service fourni.

J’ai trouvé utile de compléter cette liste par le tableau ci-dessous, publié par l’Agence de la santé publique du Canada:

Tactiques et comportements abusifs sur le plan psychologique 

Tactiques de négligence

Refuser la réceptivité émotionnelle

  • ne pas fournir de soins de manière sensible et réceptive
  • agir de manière détachée et non concernée
  • ignorer les tentatives d’interaction de l’autre personne (par exemple, traiter une personne âgée qui vit en résidence ou en établissement comme s’il ne s’agissait que d’une « tâche à effectuer »)

Rester indifférent

  • ne pas accorder de crédibilité au point de vue de la personne
  • ne pas valider les sentiments de la personne
  • prétendre que le comportement n’était qu’une blague

Ignorer

  • ne pas reconnaître délibérément la présence, la valeur ou la contribution de l’autre
  • agir comme si l’autre personne n’était pas présente

Nier ou oublier

  • nier que la violence a eu lieu
  • dire à la personne que personne ne croirait ses accusations, car tout n’est que dans sa tête
  • ne pas respecter des promesses ou des ententes

Riposter

  • laisser entendre que la personne qui a fait de la peine ou qui se plaint de ne pas aimer le traitement qui lui est infligé en raison de la violence a un problème
  • contredire ce que dit l’autre personne

Minimiser/banaliser

  • refuser de reconnaître d’avoir blessé l’autre personne
  • laisser croire que personne d’autre ne serait bouleversé par le même traitement

Rejeter

  • refuser de reconnaître la présence ou la valeur d’une personne
  • indiquer à une personne qu’elle est inutile ou inférieure
  • dévaloriser les pensées et les sentiments de la personne
  • traiter régulièrement un enfant différemment de ses frères et sœurs de manière à lui laisser croire qu’on lui en veut, qu’on le rejette ou qu’on éprouve de la haine envers lui

Tactiques délibérées

Accuser, blâmer et contrôler jalousement

  • dire répétitivement à une personne qu’elle est la cause de la violence
  • blâmer injustement la personne pour tout ce qui va mal
  • accuser la personne d’avoir des aventures ou de flirter avec d’autres personnes
  • faire sentir à la personne qu’on ne peut lui faire confiance
  • vérifier les activités de la personne
  • demander à la personne de rendre des comptes pour chaque moment de la journée
  • utiliser la colère pour contrôler l’autre personne
  • faire sentir à la personne qu’on ne peut lui faire confiance

Critiquer le comportement et ridiculiser les traits

  • continuellement trouver un tort à l’autre personne ou lui faire sentir qu’elle ne fait jamais rien de correct
  • établir des normes irréalistes
  • déprécier les pensées, les idées et les réalisations de la personne
  • diminuer l’identité, la dignité et l’estime de soi de la personne
  • imiter la personne

Dégrader

  • insulter, ridiculiser, injurier, imiter ou infantiliser
  • crier, jurer contre une autre personne, l’humilier ou l’étiqueter comme stupide en public

Harceler

  • communiquer répétitivement avec l’autre personne, la suivre ou l’observer
  • tenir la personne à l’œil par l’entremise d’autres personnes
  • envoyer des cadeaux non désirés

Corrompre/exploiter

  • nouer des liens avec une personne pour qu’elle accepte des idées ou des comportements illégaux
  • utiliser une personne pour en tirer profit
  • amener la personne à agir dans l’intérêt de l’agresseur
  • entraîner la personne dans le commerce du sexe
  • permettre à un enfant de consommer de l’alcool ou des drogues

Terroriser

  • provoquer un sentiment de terreur ou de peur extrême chez une personne par la coercition ou l’intimidation
  • placer une personne dans un milieu inapproprié ou dangereux ou la menacer de le faire
  • menacer de blesser ou de tuer un animal de compagnie ou un proche
  • menacer de détruire les possessions/biens de la personne
  • menacer de faire expulser la personne ou de la placer dans un établissement

Isoler

  • limiter l’espace vital de la personne
  • restreindre les contacts normaux de la personne avec les autres
  • limiter la liberté d’une personne âgée et l’exclure des décisions qui la concernent
  • enfermer une personne dans un placard ou une pièce
  • refuser à une personne d’avoir accès à son propre argent ou à son argent de propriété commune
  • priver une personne de moyens de déplacement ou de transport
  • utiliser les autres pour parvenir à ses fins dans les relations

Extrait de: https://publications.gc.ca/collections/collection_2009/aspc-phac/HP20-12-2008F.pdf

Prises isolément, les situations de ce type de violence ne semblent pas toujours graves. La violence peut même se manifester de façon non verbale: par des non-dits, des regards, des silences, une incohérence entre les paroles et la paraverbal.  Elle est donc parfois si insidieuse, qu’elle est difficile à identifier. Mais elle peut alors agir comme un poison instillé par petites doses indécelables. Dans ce cas, la victime a de la peine à réagir. Cela peut alors rendre la violence d’autant plus néfaste!

Emprise, manipulation

Elle peut aussi se camoufler sous le visage de flatteries et de la séduction, et ce à des fins de manipulation et de mise sous emprise de la victime. Marie-France Hirigoyen dans son livre « Le harcèlement moral » (un ouvrage qui est considéré comme une référence dans ce domaine), l’explique très bien :

La relation de harcèlement se met en place en deux phases, l’une de séduction perverse, l’autre de violence manifeste.  Il s’agit d’abord de séduire la victime, puis de l’influencer pour, enfin, la mettre sous emprise, lui retirant en cela toute parcelle de liberté.

 

Entourage social

Et pour ne rien arranger, cette forme de violence n’est pas toujours facile à mettre en mots. Elle est donc aussi difficile à expliquer à d’autres, à partager avec son entourage. L’entourage, d’ailleurs, souvent, ne comprend pas la gravité de ce qui se passe. Il ne va donc souvent pas montrer de compréhension, d’empathie, de soutien. Donc, en plus, la personne va se sentir isolée. Mais le problème ne vient pas que de la difficulté de la victime à s’exprimer: la société la tolère encore trop souvent. C’est encore une fois Marie-France Hirigoyen, toujours dans son livre « Le harcèlement moral », qui évoque très clairement à quel point l’entourage et le contexte socio-culturel actuel sont des terrains propices pour le développement de la violence psychologique :

Un individu peut réussir à en démolir un autre par un processus de harcèlement moral, (…) Pourtant, notre société se montre aveugle devant cette forme de violence indirecte. Par des paroles apparemment anodines, par des allusions, des suggestions ou des non-dits, il est effectivement possible de déstabiliser quelqu’un, ou même de le détruire, sans que l’entourage intervienne.

Le contexte socio-culturel actuel permet à la perversion de se développer pare qu’elle y est tolérée.

La perversité (..) provient d’une froide incapacité à considérer les autres comme des êtres humains.

Ursula Sila-Gasser

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